lundi 29 août 2016

DISENT


Quant à la Poésie c’était de la gonflette – le langage n’était pas tenu d’exhiber sa musculature pour exister. Il cognait simple et sec. S’enfonçait au taraud dans le dédale humain sans préméditer d’effets collatéraux. 

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Miqui le traita de resquilleur et l’accusa de biaiser – sa Poésie ne verrait sans doute pas d’inconvénient à offrir son cul à un steward contre un chewing-gum prémâché.

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Informations ou désinformations selon lesquelles les vieilles étaient reliées à un bébé ou à leur fille et les jeunes à leur chatte en feu – qui leur indiquait d’une voix grave et moustachue dans le GSM qu’elles se plaquaient à l’oreille comment dégoter une pine sur laquelle s’asseoir ou se faire éventrer par un homme pour porter bonheur à la chance. 

Bizarrement la vulve moelleuse comme du cake de Didi incitait plutôt à se ravitailler en lait et chocolat – de quoi jouer à la dînette en frère et sœur. 

Angela pour sa part avait peint des perroquets et des petits poissons pendant seize ans avant d’enfin napper l’herbe de sa blancheur au cours d’un déjeuner. 

Quant à Nuq – casquette au ton rougeâtre de l’indigotier – pour déchirer un corsage et faire jaillir les seins pâles fermes et sororaux de Marie-Sol il avait fallu qu’il s’arme d’une rose ou d’une bouteille. Un dimanche – le pouls désanglé par l’alcool. Et qu’à la télé les chanteurs de charme du Nord soient en train de multiplier les volte-face alpagas. 

Du coup Nuq confessa le i violemment sexuel de sa droiture – copiée sur celle de Pajaris dont les pieds au coin des rues formaient souvent un angle de cent quatre-vingt degrés. 

Et dans le cagibi de l’ivresse la pluie à cordes subites alors s’était fracassée sur les mains tâtonnant dans le sillage des aréoles. 


(2012-2013)

jeudi 25 août 2016

1 Femme et 200 Brebis - western



L’amour généré par le couple équivaudra-t-il jamais en quantité et en qualité aux tombereaux de merde produit par 200 brebis ?

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Le drap de lit et la crème tiède de son corps renversé sur le flanc. Et notre présent qui se lézarde. Ne résiste plus à la pression de ce qui vient. Le cheptel. Elle relève la tête me fait part de ses croyances. S’imagine que je vais m’empresser d’allumer mes brebis au mégot de notre amour. Que je vais errer sans recul et sans filtre – comme l’homme allant de cigarettes en cigarettes – et enfoncer de-ci-de-là mon rougeoiement à peine extirpé de ses humides conduits. Elle méconnaît l’ampleur du ciel qui me secondera dans la tâche de vivre. Et la conversation des étoiles à-tue-tête au-dessus de moi. J’en aurai alors pour tous les goûts et pas assez de mes deux mains pour aimer. En attendant elle est là. Qui sent bon la coccinelle et la musaraigne. Je lui parle du manguier sous lequel seront disposés une table et une seule chaise. Elle me répond plus de guêpes que de fruits à la saison de la pourriture. Son corps est pâle les poils de son pubis rampant doucement vers ses aines. L’orgasme devrait tracer une ligne de démarcation entre elle et mon avenir.

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Prisonnier de ma coutumière vision paradoxale des choses, je ne conçois pas lieu plus adéquat que sa cuisine aux petits carreaux blancs ornés d’emblèmes bleuis pour laisser vaguer mon esprit jusqu’à ce lointain où attendent placidement 200 brebis – particulièrement en ces bienheureux matins où un rai de lumière traverse la souillure du ciel mosan pour venir me trifouiller l’estomac et inscrire dans ma rétine sa promesse que l’avenir est pour demain. Ce qui me réjouit. Et ne l’enchante guère – je le perçois à sa manière de faire tinter bruyamment sa petite cuillère contre la faïence de sa tasse de thé, comme un grelot qu’elle agiterait pour éloigner le cheptel de ma rêverie, à l’instar du chien de pasteur qui aboie lorsqu'il a flairé l’approche d’un prédateur. Généralement, ces sons argentins sont accompagnés de jappements, hélas insuffisamment vigoureux pour que j’envisage un instant qu’elle puisse occuper dans mon élevage la place du meilleur ami de l’homme – même en accrochant une lourde cloche d’étain à son collier. Alors, nous demeurons là, fidèles l’un à l’autre, assis à une table trop étroite, moi, égaré parmi les bêlements rauques où me conduisent mes songes et, elle, mue par ses tentatives désespérées de ressembler à ne fut-ce qu’une seule de mes brebis, insensiblement plus galeuse qu’amante.

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À l’instar de mes 200 brebis divisées en vingt groupes et réparties dans des parcelles indépendantes les unes des autres, nos contemporains – autant dans son entourage que dans le mien – ne perçoivent de notre amour – et de la relation passionnelle en général – qu’une succession d’étapes chimiques dont nous aurions l’usufruit mais pas la nue propriété. Conséquemment, elle pourrait s’interrompre instantanément et n’importe quand, il ne nous en resterait rien de plus que l’impression de l’avoir vécue. D’ailleurs, c’est dans ces termes-là qu’ils nous prédisent l’avenir proche, avec abaissement des bras et déclin de la passion, et cela sous l’empire mathématique du fonctionnement hormonal – qui à les entendre serait de tous les combats. Par chance ou par malchance, 200 brebis hébétées par cette bonne parole paraissent toujours plus enclines à stagner dans une promiscuité d’indifférence infecte que nous qui, agités par les spasmes d’orgasmes incessants ou aveuglés d’avoir en permanence un soleil intérieur dans les yeux, n’apercevons pas les signes d’usure et les paramètres d’une réalité nous concernant peu.



(2010)


vendredi 19 août 2016

Vieux Sangs 2

 Y’ a celui qui croit pouvoir mourir d’autre chose en dix ans … Et y’a ceux qui n’imaginent pas s’en tirer pour leur compte ! Et y’a « patron », qui s’en fiche, vous en calcule plein la vue, s’enchiffre chez gros zéro, son meilleur client en-dessous du niveau de sa mère banque. Toujours juché sur son instrument à roulettes, il soulève des charges comme si elles eussent étés de simples étendards, fait rouler sa bille sur les pommes de son négoce … C’est exact qu’il est commerçant et il ne ressent plus aucune honte à l’idée d’en rougir un peu pour ses amis.

 Et dehors, le bleu méchant claque comme la langue ridicule de la vieille baderne à chaque ouverture de la porte électrique. Cogne à coups de poings de pluie contre l’asphalte innocent, présumé, seulement !

 Et dans le bureau, d’enfants point ! Toute émotivité rentrée au fond des gorges, chevrotent de leur voix-son incomplète les ordinateurs de style dix-neuf cent, pour ne pas prononcer d’injure ! 

 Et y’a frère de « patron » qui croque une pomme par délicatesse, pour avoir l’air de penser à autre chose, quand il songe à ses morts … Ou à sa mère, strictement dépouillée, dans sa demeure aux bruits renfermés, dans ses échos de cloître mal famé, son mur mitoyen, mi doyenne ! Collé, ventousé à celui de l’entreprise … Afin que rien ne lui échappe, même par sous les grilles ou les conduites d’aération !

 Et dans le fourmi-mac de l’usine à fruits, y’a moi, un gens du nord, qu’a dans les zieux le meuuuuuuuuh ! qui manque à son décors … (Quand y regarde passer les trains qu’il se rate par plaisir, le dimanche en faisant l’nique à l’horaire …)

 J’chuis çui qu’a pas fait « LA étude » ! Mais qui s’en fich’ quand même, sauf si, mais j’y entre pas par là dans les z’histoires de fric ! Et le cousinage, j’ai pas connu ! Dans ma famille, on est tous consanguins ! Par ma mère !

 Pas encore plombé par la bouteille, devrait plus trop longtemps m’évincer ce vice-la … J’ai dans l’idée, déjà, de me psychotroper l’fox pour les vacances au chaud d’la bouillotte sans les inconvénients du sexe … Bien, non ?

 Quoique, en attendant le déclic de la gifle, j’me claquemure seul, boulotte à la chaîne en feignant n’avoir pas compris qu’il s’agit de mon existence, qui se noie dans cette non-vie.

 J’ai le vaste projet d’m’enfoncer en forêt … Si j’révolutionne pas avant la force des choses … Qu’est-ce ? J’ai vague, surtout, projet parfois ! Je mens pour tenir bon, tenir tête, hors de l’eau, hors de tête ! 

 Dans le style assassin, j’ai pas exactement le profil, faute de coupant dans le virage de la lame, en épluchant une pomme … Jaugez-vous, en suivant mon exemple, vous m’en direz des nouvelles ! 



(Mercredi, 29 janvier 2003)

mardi 16 août 2016

Vieux Sangs 1

 Et même des petits romans probables. On s’en sort par là. On s’en sort le cou hors de la nasse. On s’évacue d’urgence en beuglant de la sirène. Loin de sa vie. Vite ! Une femme un hôpital, mais s’en sortir…
 On vous raconte une histoire de pavés, de moellons, de venelle, et ça dégouline de sauce sur des rognons… Sous les saules sur les rives d’un fleuve lent. Où meurent les moulins à aube. Des péripéties d’absinthe. La fée verte. Des métaphores à faire pleuvoir sur les jours ouvrables. Dans des vallées soleilleuses. Avec deux ou trois maçons poètes pour tenir le crachoir. Les pères fondateurs de la grouille standard. Le riquiqui éditorial qui s’est pavané en guinguette durant les années de rage vache. 
 Mais surtout, surtout, ne pas se poser la question. La mine. La ravageuse. L’unijambiste qui tire la langue. Ne pas douter du bon vouloir des amants. Ne pas s’écouter se taire. Six pieds sous vers. Moitié d’alexandrin vermoulu. Ne pas se ne pas ne se pas. 
 L’exode n’aura pas lieu. La vie est toujours plus forte que moi ! Elle l’emporte. Les lénifiants demeurent sans effet. Elle cogne dans les portes. Rue dans les pores. Me jette dans les remparts. Elle pompe elle bat. En tout sens. Et moi je suis derrière. Je balaye les débris. Je me ramasse les morceaux. Je me recolle les quatre points cardinaux dans le désordre de l’émotion. Je signe des excuses. Des requêtes. Des décharges. Je m’évanouis dans la rature. Je n’ai aucune alternative. Rien que le front. Le plein fouet. Je suis la matière première de ma propre vie. Son combustible.
 Je ne me défile pas en doux récit. L’antan à tous les temps. J’ai du sang dans l’aventure, l’inverse n’est pas vrai… Je ne puis narrer gentiment mes déboires comptables dans les forêts de chiffres et de papier. Mes démêlées avec les pygmées. Mes frères sarbacanes hurlant dans la canopée. Mes sœurs grises sel mâtinant le brouillard. Mes humeurs fricassées. Mes trois œufs dans le thé. Mon cancer ponté pas encore levé. J’ai du sang sur les menottes, du foutre sur la hanche. Je ne m’apprends rien ; la vie me devine, me domine ! 
 Vais pas au monde pour buvoter, partager ma dîme rance dans des casernes chrétiennes. Beuveries chiennes dans lesquelles dissoudre ses forces. Dans les minettes. Dans les Ginette. Dans les Annette. Dans les saynètes. Et dans les quarts de dette. 
 Et j’écris pas comme on bureaute !!! J’écris en marche à contre train ! Dans un bestiau de tête… Je sursaute pas, biseaute pas, dépiaute pas, classiquement. Je ne m’infiltre pas doulou micron dans un monde en rayon gland… Agla gond ! 
 Je suis le personnage de moi-même ! Drapé de pilou. Blanc fantôme de blanc matin. Qui cherche neige en « salope » d’homme bleu… Qui lave cure, récure, mercure. Avant de se toucher du doigt la douille messianique. Son recru d’Ancien Testament. (Que je majuscule pour ne pas bousculer les ordres.) 
 Et j’aurais ma débonde… J’en ricane caille déjà ! Je me brouterai dans la main… Boufferai du prépuce comme s’il en pleuvait ! En boite ! En salade du Diable ! Sans les menottes… Entre les seins d’une bombe et les jambes d’un gouvernement jésuitique… Dans le con racé d’une putain qui me fiche en l’air soixante pulsations par minute. Une en jambes et en grelots charnus. Couverte de tétons. Aux lèvres à glissière et au pubis hivernal. 
 Ma vie ferrera sans mon consentement. S’éjaculant seule d’un corps inhabitable. Vers l’immédiat de la survie. 

(Jeudi, 11 novembre 2004) 

lundi 15 août 2016

NU-Q


1. Lettres d'Amour

 Récompensé, sans doute, pour son assiduité à les examiner, Nu-Q vient de découvrir dans la chiure d’oiseau sur laquelle il se penche une graine en train de germer. Mu par un irrépressible ravissement, il s’est exclamé : « C’est peut-être moi ! »


 Nu-Q qui en était encore à croire qu’une relation amoureuse naissait avec la fulgurance d’une injonction amérindienne savamment exploitée découvrait avec une incrédulité n’ayant d’égale que le dépit comment les employés d’une supérette pouvaient évoluer d’une succession de frôlements sournois au collage – jusqu’à développer les remembrances de leur agrégat pour qu’il offre l’aspect tentaculaire d’une famille. Dans laquelle plus tard ils sectionneraient quand nécessaire l’un ou l’autre bras vermoulu au profit d’une jeune tige. 


2. Mass

 Plus loin, armé d’un harpon, Nu-Q s’est embarqué à bord d’une baleinière. Quelques semaines de vie amoureuse avaient suffi pour qu’il prenne conscience que la durée d’un couple résultait de la subtile égalité de proportions entre investissement conjugal et culture d’un jardin secret. À l’en croire, Mass faisait de même de son côté.


 Quand un imbécile s’enquiert de la ressemblance entre Mass et les terrains de football, Nu-Q consent à s’attarder d’un œil sur ces prés éprouvés. Avant de les condamner à l’insignifiance en précisant qu’on ne saurait décemment réduire son amour à une fraction d’Amazonie. 


3. Idéaux Remisés

 Nu-Q n’existe que pour accueillir l’hère des marges. Avec son sac et son thermos. La lie. La plèbe. Le visage périssable. Celui qui balaye devant sa porte à des heures ouvrables. Le pauvret qui répond mollement d’un signe de tête au chauffeur de l’autobus lors de son passage. Celui qui entretient le fatalisme secret accordant entre eux ces êtres sans lesquels les rues des villes seraient vides – sauf aux heures de débonde des bureaux entreprises et usines. 
Nu-Q est là pour authentifier le labeur de ces quelques-uns qui luttent pour maintenir cette anonyme et nécessaire chaîne humaine. 


 Pour sûr actuellement Nu-Q laisse reposer les rivières mais un jour il y reviendra. Empreint d’ambition il aura de grosses lèvres, un manuel de progression sociale posé sur les genoux et un niais à portée de voix. Un niais écarlate qui l’écoutera avec effarement et à qui il avouera que la clef de sa réussite prochaine dans la société est une vérité que nul n’admet mais dont tous s’inspirent. Et bien que les propos de Nu-Q contiennent une invite tacite à devenir son disciple, le niais opinera du chef, un sourire idiot sur la face, puis replongera dans ses magazines traitant de l'événementiel.

4. Zil

 C’était un accident. Sans l’annonce faite par le médecin de la maladie irréversible de Mass, Nu-Q n’aurait pas eu à subir cette malencontreuse variation dans ses horaires en raison de laquelle il s’est retrouvé dans le sillage à l’arôme entêtant de bâche guatémaltèque de Zil. 
 D’autant qu’il s’est immédiatement rendu compte qu’elle avait deux mains – élément décisif dans un processus de séduction. 
 Par ailleurs, en plus de ses traits de pinson et des quatre cents pelures d’orange qui la ceignent, Nu-Q estime être l’apanage de Zil exclusivement ces bulles lui remontant du fond du corps à la surface du visage pour finement s’agglutiner dans le vermillon bien connu des lèvres. 
Influencé par son époque Nu-Q a baptisé ce phénomène Sourire.

5. Un Automne

 Nu-Q mettrait sa main à couper qu’il rend folle d’amour la trotteuse de l’horloge du hall d’attente de la gare. En effet, à peine s’assoit-il à proximité qu’elle se met à tourner à toute allure en rond autour de son axe comme un chien retenu par une corde à son piquet. 

 Puisqu’elle n’avait jamais nagé, Nu-Q lui offrirait la mer. La nuit qui précédait le rendez-vous, il la tînt en respect avec une baguette de sourcier. Courant derrière les vagues qui s’enfuyaient pour les ramener ou fouettant de sa baguette celles qui le dépassaient moqueusement, il passa son temps à les éclabousser d’imprécations à se tenir coites. Il en vint même à les supplier de revenir – tant il craignait qu’elle survienne en leur absence. Au matin on le retrouva barbotant à quatre pattes dans l’eau apaisée. Elle n’était pas venue et il était exténué – mais au moins la mer était présentable et il avait réussi à la convaincre de rester. 


(2011-2015)

dimanche 14 août 2016

Ballan૪ et Ballan∂

De temps en temps, Ballan∂ empoigne son sexe à la place de Ballan૪ – ce qui ne l’aide guère à convoquer des images dites suggestives. Ce n’est malheureusement qu’après avoir éjaculé qu’il conquiert enfin le trou de mémoire qui aurait idéalement contenu la liqueur qu’il vient d’épandre

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Pour mettre un maximum de chances de son côté, Ballan∂ s’est emparé de l’annuaire téléphonique et a appelé Ballan૪ à tous les numéros. Excédée par l’insistance ou sensible à son désarroi, elle lui a répondu 3 400 000 fois avec une voix distincte pour le déshabituer de la sienne.

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Quand Ballan∂, lors de réceptions miniatures organisées en l’honneur de la scission par ses voisines, cigales et sauterelles en mal d’amour ou d’ébriété, est tenu de fournir des précisions à propos de la rythmicité ovarienne de sa chère Ballan૪, il reste invariablement muet. Ceci expliquant cela, les mots qu’il employait naguère pour l’adorer sont ceux-là mêmes qu’il utilise aujourd’hui pour réaliser d’insoutenables pendus

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« Brûler l’oxygène nous donne un air de famille ! », déclarait Ballan૪ dont la mère grésillait comme un cierge trois fois l’an lors de liturgiques dépressions et dont le père avait mis à prix toutes les flammes de l’enfer dans son supermarché. Ballan૪, pour sa part, constipée jusqu’à la moelle, ne parvenait ni à déféquer ni à vomir le feu intérieur qui la consumait. Faute de mieux, du bout de ses doigts mouillés de salive, elle éteignait Ballan∂ – de mèche avec toutes ignitions.

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A sa décharge, Ballan∂ prétend que Ballan૪ s’est introduite dans son cerveau reptilien en compagnie d’un chromosome de Smith&Wesson à une époque antédiluvienne. Et s’il justifie n’être tombé amoureux d’elle que comme un acte de légitime défense dont l’objectif avoué était d’interrompre leur cavale, il s’agit néanmoins d’une preuve irréfutable de préméditation.

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Désireux de raccorder sa vie à un fonctionnement stable et empreint de sens, Ballan∂ songe presque instinctivement aux réseaux d’égouts souterrains – qui éconduisent ce que la bouche a aimé avec un acharnement aussi possessif que masticatoire. Une perspective qu’il ne peut envisager sans quelques néfastes pensées. Notamment celle qui suggère que le réseau en question a peut-être exercé sur Ballan૪ des pressions l’enjoignant d’avaler au plus vite sa langue, ses baisers, son haleine et les plus gros morceaux de lui qu’elle ingérait si volontiers avant la scission – et cela dans le seul but de gonfler l’appétit des fleuves de merde coulant sous la ville.


(2011) 


samedi 13 août 2016

PLACENTA (Inédit)








Obsédé par son pubis cochenille il aurait dû le voir de loin scintiller dans la nuit – combien de pilotes de ligne éblouis par son halo n’avaient-ils pas atterri en catastrophe dans un champ limitrophe. Le hasard – heureusement – s’était remis à charroyer et il l’avait suivi comme on suit un chien qui tripatouille les ordures au bas d’un monticule. Pour voir ce que ça rapporte. Et c’était à l’issue de ce trajet, dont les synoptiques beuveries électrisaient forcenément le X, qu’induit par une erreur d’ordre alphabétique, il endossa la carington en pensant s’être trompé de manteau ou avoir enfilé sa mère oubliée à une patère. Dès lors cependant il n’en eut plus que pour cette filasse de la génération processionnaire – genoux en croix bottée de khôl et la cigarette mimant l’invective. Sans doute était-ce ce qui l’a séduit – en plus de sa nostalgie d’accueil luisant au ras de l’ourlet. Oublieux que la vie n’était réelle que lorsque le corps jaillissait hors de la réflexion comme un défenestré – pour s’écraser dans le silence où reprendre à zéro le singe élémentaire.


(2014)