dimanche 25 septembre 2016

CYPRIN (Extraits)



Elle peut s’évertuer tant qu’elle voudra à me parler de tenue estivale et d’une chaleur poisseuse qui colle aux cuisses, je ne refuserai toujours à croire qu’elle n’a pas conscience qu’en allant jambes nues jusqu’aux genoux il suffirait aux mecs de se coucher par terre pour mâter sous sa jupe.

♥♥♥♥♥♥

Ne se dit-elle artiste que pour mieux travestir notre réalité ou me vider de ma substance – je n’en sais rien. Quoi qu’il en soit ne voilà-t-il pas que, non contente de fréquenter des monstres en mal d’affection dont elle tire le portrait au fusain, pour les besoins d’un prétendu scénario elle s’est mise en tête de suivre des hommes dans la rue. Des gueules épouvantables qui exercent sur elle une fascination, dite artistique, que j’ai intérêt à partager, sous peine de me gagner l’impersonnel mépris qu’elle réserve à quiconque s’avérerait incapable d’apprécier l’esthétique de la monstruosité. Des mecs chaussés de souliers rouges trop grands pour eux ou coiffés de bonnets jaunes enfoncés sournoisement jusqu’aux oreilles. Des lopettes que la plus infime merde de chien terrorise et qui avancent en décrivant des entrechats pour les éviter – avec, malgré cela, l’air de savoir où ils vont. Des pieds bots. Des édentés. Des chauves. Des coxalgiques. Des rouquins. Soit un pandémonium inquiétant dont la plasticité filmique ne m’apparaît pas aussi spontanément qu’à elle. Ne suis-je pas par nature assez laid pour devenir enfin sa principale source d’inspiration ? Et bien que je sois pour elle résolu à toutes les transformations accentuant mes disgrâces, m’est-il absolument nécessaire de porter des souliers rouges, voire un faux-nez surmonté de petites lunettes cerclées de noir, pour être montré du doigt et désigné comme bête de foire dès que je pointe le nez dehors ? Serait-ce que non contente ce m’avoir à demeure elle cherche un acteur pour jouer mon rôle lors des scènes de ville ?

♥♥♥♥♥♥

Il y a longtemps que je m’évertue plus à découvrir si elle est vraiment désireuse de faire l’amour à n’importe quelle heure du jour et en pleine clarté les fenêtres ouvertes ou s’il s’agit d’une ruse de sa part pour calquer le rythme de nos grincements de sommier sur celui des coups sourds de marteaux – qui font vibrer le toit et les murs de la chambre – aux manches desquels s’accrochent assurément une nuée de maçons musculeux et en sueur. 



(2010-2011)

Aucun commentaire:

Enregistrer un commentaire